Nelson PAILLOU
NELSON PAILLOU
« Donnons à la Jeunesse l'envie de vaincre sans mépriser l'autre »
De la condition de pupille de la Nation à la cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur, le parcours hors du commun d'un jeune bordelais. Par André CATELIN (1)
Que de chemin parcouru par ce pupille de la Nation, né à Bordeaux en 1924, qui deviendra un demi siècle plus tard, le personnage le plus important du mouvement olympique français, croisera et étonnera par son pragmatisme et sa faconde, les plus hautes personnalités françaises et internationales. A ce poste, il va créer les Jeux de l'Avenir, véritable pépinière de sportifs et passerelle jetée entre le sport scolaire et le sport associatif, fera construire à Paris la Maison du Sport Français, devenue désormais le haut lieu incontournable de tous les passionnés de sport. Il décidera même le Maire de Paris, Jacques CHIRAC, à débaptiser l'avenue de la porte de Gentilly en vue de lui donner le nom du rénovateur des Jeux Olympiques, Pierre de COUBERTIN. Il n'aura de cesse d'obtenir des jeux olympiques en France, ce seront ceux d'Albertville en Savoie en 1992. Il sera l'instigateur du loto sportif et contribuera à installer puissamment et durablement, à un niveau encore jamais atteint dans le paysage français, les structures nationales, régionales et départementales de l'olympisme hexagonal.
Quand, à peine sorti de l'adolescence, Nelson PAILLOU va créer la section handball du « Bordeaux Etudiants Club », le BEC si cher à son cœur, qui pourrait imaginer que ce jeune surdoué, joueur, arbitre, dirigeant protée, sera élevé un jour, par le Président de la République, au grade de Commandeur de la Légion d'Honneur après qu'il ait déjà reçu la cravate de Commandeur de l'ordre National du Mérite et le collier de l'Ordre Olympique distinction la plus élevée du CIO (Comité International Olympique à Lausanne) et enfin sera élu à titre posthume en 2006 « Gloire du Sport Français » ? Personne ! Et pourtant ce personnage hors du commun va avoir une trajectoire exceptionnelle mais qui hélas, se terminera brutalement le 17 novembre 1997, quelque part sur une route du Béarn, entre son village adoptif d'Arette et l'aéroport de Pau où il se rendait pour prendre l'avion à destination de Paris, route mille fois empruntée jusqu'à ce rendez-vous avec le destin.
Tribun exceptionnel, il avait notamment marqué de son humour ravageur son passage dans la célèbre émission radiophonique « L'oreille en coin ». Il avait été aussi jusqu'à ce terrible accident, l'enfant chéri des journalistes sportifs qui se pressaient à toutes ses conférences de presse. Les médias, comme tous les sportifs et les plus hautes autorités de notre pays, pleureront ce départ prématuré.
Quand Nelson PAILLOU est élu en 1982, à l'âge de 58 ans, à la tête du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), il a déjà derrière lui dix sept années de présidence de la Fédération Française de Handball pendant lesquelles il va faire passer le nombre de licenciés de 25000 à 150000. On l'aura compris, dans sa discipline reine, le handball, il aura gravi tous les échelons : joueur, arbitre, président de la section handball au BEC, secrétaire de la ligue d'Aquitaine, d'abord vice-Président puis Président de la Fédération française et enfin vice-Président de l'Association Internationale de Handball. Sous son impulsion le handball intègrera le quarteron de tête des sports d'équipe en France. Sur cette base de lancement, ses successeurs ajouteront un étage à la fusée jusqu'aux titres européens et mondiaux.
Bien avant son accession à la plus haute fonction de l'olympisme français il aura fait la preuve de ses compétences, d'abord comme adjoint au chef de mission de la délégation française aux jeux olympiques de Munich en 1972. Il sera chef de mission à part entière en 1976 aux jeux de Montréal, l'année de la Médaille d'or de Guy DRUT. Ce dernier aura ces mots : « Il existait entre nous une véritable complicité et j'éprouvais pour lui une estime sans bornes ». Les témoignages de trois autres champions olympiques hors normes sont éloquents à cet égard. Le cavalier Pierre DURAND dira de lui « en tant que dirigeant il a profondément marqué mon sens de l'engagement dans la vie associative ». Jean-Claude KILLY, inoubliable triple médaillé d'or de ski aux JO de Grenoble n'hésitera pas à confier « j'adorais cet homme » car disait-il, « il était poignant de modestie » et d'ajouter « c'était vraiment un grand dirigeant ». Pour l'escrimeur Jean-François LAMOUR : « il était toujours proche de nous, même dans la défaite. Il ne s'est jamais écarté des sportifs ».
Ces multiples activités à caractère sportif n'empêcheront pas Nelson PAILLOU d'avoir aussi à son actif, une foule de réalisations dans des domaines les plus divers, néanmoins toujours axées vers l'éducation de la jeunesse. D'abord en tant que jeune professeur de lettres au Lycée Gustave Eiffel à Bordeaux, ce pédagogue humaniste sera missionné par l'Education Nationale, chargé de la formation continue des enseignants du second degré. Parallèlement et bénévolement, se déplaçant modestement à mobylette, il va prospecter dans les Pyrénées un lieu d'implantation d'un centre de vacances pour les élèves de l'enseignement technique, issus de milieux modestes comme lui. Ce sera le coup de foudre pour le village d'Arette et le lieu-dit « La Mouline », grande bâtisse dont Nelson PAILLOU convaincra le Maire de la commune d'Arette d'en faire l'acquisition. Cette maison deviendra le point de départ de l'AROEVET, Association Régionale des Oeuvres Educatives et de Vacances de l'Enseignement Technique qui sera rapidement ouverte plus généralement à tous les élèves de l'Education Nationale, d'où la transformation du sigle en AROEVEN. L'affaire prendra une telle ampleur que « les AROEVEN » vont fleurir et prospérer en France et nécessiteront un regroupement au sein d'une Fédération des Œuvres Educatives et de Vacances de l'Education Nationale, la FOEVEN, dont il sera co-fondateur puis Secrétaire Général durant quatorze années de 1961 à 1981.
Le point d'orgue de sa carrière internationale sera la tenue en France en 1994 du Congrès International du centenaire de la création du Comité International Olympique par Pierre de Coubertin au Congrès tenu à La Sorbonne du 16 au 23 juin 1894. Centenaire dont la France et le CIO confieront l'organisation de la célébration à Nelson PAILLOU. Libéré de la présidence du CNOSF un an plus tôt, il va dès lors se consacrer avec passion à cette nouvelle tâche. Ce congrès sera une totale réussite tant par le nombre de participants (195 pays, 2000 congressistes, 200 volontaires) que par la variété et la qualité des manifestations, réparties sur un grand nombre de sites prestigieux de la capitale française, notamment La Défense, La Sorbonne, Bagatelle, le pré Catelan, la Seine où auront lieu diverses épreuves nautiques, et surtout le parachutage de la flamme olympique au pied de la Tour Eiffel pour lequel l'interdiction de survol de Paris sera exceptionnellement et provisoirement levée.
Mais, bien avant cet énorme succès, sa carrière de dirigeant international sera jalonnée d'importantes fonctions comme celle d'administrateur de l'Office franco-allemand de la jeunesse, membre de la commission « télévision » et de celle du « sport pour tous » au CIO, mais aussi vice-Président de l'Association Internationale contre la Violence dans le sport (AICVS). Il présidera également la commission juridique de l'Association des Comités Nationaux Olympiques Européens (ACNOE). Il siègera en outre au Haut Comité de la Jeunesse et des Sports (depuis 1982), au Conseil National de la Vie Associative (depuis 1983), à l'Académie des Sports (depuis 1984), à l'Association des Ecrivains Sportifs (depuis 1987).
Elu Conseiller Economique et Social en septembre 1984, il publiera en 1986 aux Editions Dalloz : « les trois enjeux du sport français », ouvrage dans lequel il donnera son analyse qui, s'agissant des trois enjeux, éducatif, politique et économique, reste encore aujourd'hui d'une brûlante actualité. Le poids grandissant de l'enjeu économique risquant, si l'on n'y prend pas garde, de fragiliser les deux autres piliers d'un équilibre qui se voulait jusqu'ici harmonieux. En 1990, en prévision de la célébration du Centenaire du CIO, il mettra en place, sous la présidence successive des regrettés Bernard JEU, philosophe et Yves Pierre BOULONGNE (2), professeur d'université, un groupe d'experts chargé de rédiger un ouvrage collectif intitulé « Pour un humanisme du sport » dont il entamera la conclusion en citant cette phrase prononcée au Conseil Economique et Social par Geneviève de GAULLE :« A tous les niveaux de réflexion, la défense de l'homme, est un devoir premier ». Il préfacera de nombreux ouvrages, dont ceux publiés par l'Association Française pour un Sport sans Violence et pour le Fair Play » dont on tirera sa devise désormais fameuse : « donnons à la jeunesse l'envie de vaincre sans mépriser l'autre ».
A sa disparition, seize personnalités venus d'horizons politiques et sociaux différents se réuniront pour fonder le « Cercle Nelson PAILLOU », cercle dans lequel se côtoieront, entre autres dirigeants sportifs ou athlètes, quatre anciens ministres, un président de fédération, trois champions olympiques, un artiste peintre grand prix de Rome, trois journalistes. Ils se donneront pour objectif de perpétuer l'œuvre, la vision humaniste du sport et la mémoire de Nelson PAILLOU. C'est ainsi que l'un des premiers actes du Cercle sera de proposer l'attribution du nom de Nelson PAILLOU à l'amphithéâtre de la Maison du Sport Français. Ce qui sera fait le 21.05.1999. Depuis on ne compte plus les débats sur les thèmes qui lui étaient chers. De même vont éclore de très nombreuses installations sportives éponymes à travers l'hexagone.
Laissons la conclusion à un ancien Rédacteur en Chef du journal L'EQUIPE, Jean-François RENAULT, qui écrira le lendemain du décès de Nelson PAILLOU : « Il faisait bon à ses côtés. C'est le propre des humanistes ».
(1) Chevalier de la Légion d'Honneur, vice-Président du Comité de la Boucle de la Seine de la SEMLH (Yvelines).
(2) Ancien déporté, Commandeur de la Légion d'Honneur.

